DÉPASSEMENT DES LIMITES
Kerviel pouvait intervenir sur les marchés à terme mais sans dépasser les montants – qui ne sont pas encore connus – fixés par la Société Générale. Le courtier admet avoir outrepassé ces limites dès novembre 2005, tout d’abord en faisant ces dépassements juste en dessus des montants autorisés. Puis en prenant plus de risques progressivement. Il a déclaré aux policiers de la brigade financière qu’il avait l’impression de bénéficier d’une «certaine tolérance» de la part de la Société Générale. D’autant plus que les positions qu’il prenait étaient souvent gagnantes. Ainsi, Jérôme Kerviel a-t-il réalisé en 2007 des gains de 55 millions d’euros dans le cadre de sa gestion «classique» et… 1,4 milliard d’euros lors de ses opérations litigieuses!

EUREX TIRE LA SONNETTE D’ALARME
C’est la Bourse électronique des marchés à terme Eurex (d’origine suisse et allemande) qui alerte la Société Générale des prises de positions spéculatives effectuées par son courtier. Sommé de s’expliquer par les organes de contrôle interne de la banque, il présente des documents falsifiés afin de prouver que ses opérations sont couvertes par des contreparties.

LA CATASTROPHE DE JANVIER 2008
Les événements se précipitent au début de cette année. La Bourse est en pleine déprime. Jérôme Kerviel anticipe alors un retournement du marché et table sur une hausse. Il engage… 50 milliards d’euros sur les marchés à terme! «J’ai explosé mes lignes de crédits», a-t-il expliqué aux enquêteurs. Si le marché avait pris l’ascenseur, Jérôme Kerviel aurait sans doute été distingué comme un génie de la finance. Or, au contraire, le marché a poursuivi sa baisse. Et le courtier est devenu le paria de sa banque. Le pot aux roses est découvert vendredi 18 en fin d’après-midi. A midi, le courtier était encore gagnant. Le soir, il perdait 1,4 milliard. La Société Générale décide de «déboucler» dès lundi les positions litigieuses de Kerviel alors que la Bourse est toujours aussi neurasthénique. La perte atteint 4,9 milliards d’euros.