La dégringolade du dollar, qui a accéléré sa chute lundi face à l'euro et au yen, a entraîné dans son sillage l'ensemble des Bourses européennes et asiatiques, la débâcle de la banque d'affaires Bear Stearns ne faisant qu'ajouter à la morosité des marchés financiers.

La Bourse de Paris a ouvert la semaine en très forte baisse, l'indice CAC 40 lâchant 2,62% pour se retrouver pour la première fois depuis le 16 novembre 2005 sous la barre psychologique des 4.500 points.

A 09H10 (08H10 GMT), l'indice parisien vedette avait déjà dégringolé de 120,20 points à 4.471,95 points, portant à plus de 20% sa baisse depuis le début de l'année. Une amplitude fréquemment considérée par les spécialistes comme témoignant d'un krach.

Le mouvement a été identique sur les autres places européennes: l'indice vedette Footsie-100 de la Bourse de Londres a ouvert en baisse de 1,92%, à 5.523,30 points ; et l'indice vedette Dax de la Bourse de Francfort a dès l'ouverture abandonné 1,41% à 6.360,92 points.

De même, l'Ibex madrilène cédait 1,98% peu après l'ouverture, à 08h26 GMT, l'indice milanais abandonnait 2,18% à la même heure, et le SMI suisse lâchait 2,55% à 08h41 GMT.

Les places européennes subissent de plein fouet les mauvaises nouvelles qui se succèdent dans le secteur financier, avec notamment le sauvetage en catastrophe de la banque Bear Stearns, promise à la faillite et rachetée à un prix dérisoire par son homologue américaine JPMorgan.

De même les Bourses souffrent de la dégringolade continue du dollar et des records parallèles de l'euro, de la hausse ininterrompue du pétrole, et de la nouvelle intervention en urgence de la Réserve fédérale américaine, qui n'a en rien rassuré les investisseurs.

L'euro a atteint un nouveau pic historique de 1,5905 dollar lundi dans les échanges asiatiques, faisant sauter successivement et en quelques heures les barres des 1,57, des 1,58 et des 1,59 dollar. Le précédent record (1,5668 dollar) datait de seulement vendredi soir.

Le billet vert quant à lui s'est enfoncé largement sous la barre des 100 yens qu'il avait franchie à la baisse la semaine dernière pour la première fois en douze ans, pour atteindre un creux de 95,75 yens vers 02H25 GMT.

L'ancien président de la Fed, Alan Greenspan, a enfin ajouté sa pierre au pessimisme ambiant lundi en affirmant au Financial Times que la crise actuelle pourrait être "la plus grave" depuis la Seconde Guerre mondiale.

Les places européennes ont cependant mieux résisté lundi que leurs homologues asiatiques: l'indice Hang Seng de la Bourse de Hong Kong a clôturé la première séance de la semaine en chute de 5,18% à 21.084,61 points, la Bourse de Shanghai a terminé en forte baisse, son indice composite cédant 3,6% à 3.820,05 points, et l'indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a terminé en très forte baisse de 3,71%, à 11.787,51 points, tombant sous la barre symbolique des 12.000 points pour la première fois depuis plus de deux ans et demi.

Les investisseurs craignent en fait une aggravation continue de la crise financière après l'annonce du rachat de la banque américaine Bear Stearns par JPMorgan et la baisse du taux d'escompte (le taux des prêts aux grandes institutions financières) de la Réserve Fédérale américaine, à 3,25% contre 3,50%.

"Le malaise et le sentiment d'insécurité du marché au sujet de l'économie américaine est ce qui fait battre de l'aile le dollar", a expliqué Masaki Fukui, économiste des changes chez Mizuho Corporate Bank.

"Et l'abaissement du taux d'escompte par la Fed n'a servi qu'à souligner que la crise est très sérieuse", a-t-il ajouté.