Concurrencer Nokia

Pourquoi taxer les appareils plutôt que la musique elle-même? Parce que ce sont eux qui rapportent le plus. Bien sûr, l'iTunes Music Store est une affaire qui roule. La plate-forme de distribution numérique d'Apple a conquis en seulement sept ans 50 millions de clients et généré quatre milliards de téléchargements. Si l'industrie de la musique a récolté quelques miettes grâce à iTunes, à savoir les royalties sur les chansons vendues, elle ne perçoit en revanche rien sur la vente des baladeurs numériques. Or, l'iPod s'est déjà écoulé à 120 millions d'exemplaires... A quoi il faut ajouter le succès de l'iPhone, le téléphone portable qui fait aussi office d'iPod.

On l'aura compris, l'enjeu de la nouvelle stratégie de Steve Jobs, le patron d'Apple, dépasse la simple domination de la distribution numérique de la musique. Le front s'est étendu à la téléphonie mobile. D'où une opposition frontale à Nokia. Le fabricant finlandais s'est associé au groupe Universal pour lancer d'ici fin 2008 un service intitulé «Comes With Music». Celui-ci fournira, à l'achat d'un téléphone portable, un accès illimité au catalogue musical d'Universal.

Nokia met les bouchées doubles pour convaincre les autres majors d'adhérer à sa formule, et leur propose de se partager 80 dollars par souscription vendue. Par comparaison, si l'on en croit le Financial Times, Apple négocierait une ristourne d'à peine 20 dollars par taxe perçue selon sa formule «all you can eat».

Lier le consommateur

Bref, la firme à la pomme semble bien partie pour verrouiller encore davantage sa filière de distribution. Rappelons que les chansons achetées sur l'iTunes Music Store ne peuvent être écoutées que sur les baladeurs d'Apple. Une façon efficace mais sournoise de se lier le consommateur aussi longtemps qu'il utilisera un iPod. Et si on peut télécharger tout ce qu'on veut, comment résister?